Dans notre premier article sur le programme de mentorat pour les éducatrices et les éducateurs noirs des Services à l’enfance de la Ville de Toronto, les EPEI Meghan Ardies et Shanice Denton, coordonnatrices de la formation et du perfectionnement au sein des Services à l’enfance de la Ville de Toronto, et Sabrin Saraj, EPEI, EAO, conseillère en éducation, conceptrice de curriculum et animatrice à Culture Check, ont discuté du mentorat pour les professionnelles et professionnels noirs de l’éducation de la petite enfance ainsi que de l’importance de créer des espaces d’orientation et de croissance.
Le programme soutient l’avancement professionnel des EPEI grâce à diverses approches :
- Aider les éducatrices et les éducateurs noirs à envisager des rôles de leadership là où la représentation est souvent limitée;
- Renforcer la confiance professionnelle vis-à-vis du secteur dans son ensemble.
- Renforcer l’autonomie sociale et les compétences de communication en vue de l’avancement professionnel;
- Mettre les participantes et participants en relation avec des mentors noirs qui comprennent leur vécu, leurs défis et leurs points forts;
- Aider les éducatrices et éducateurs à établir des objectifs de carrière personnalisés en fonction de leurs forces et de leurs intérêts;
- Favoriser la reconnaissance de leurs points forts, de leurs qualités de leadership et de leurs contributions professionnelles.
Pour sa troisième cohorte, le programme continue d’avoir un impact positif et d’être bien accueilli par son public. D’après les commentaires des participants, il a même évolué et favorisé davantage les conversations et les rencontres entre pairs. Dans la deuxième partie de cette série de conversations, Meghan, Shanice et Sabrin discutent de l’impact du programme et partagent les commentaires des participants.
Quelles sont les caractéristiques ou les approches que les personnes participantes ont trouvées utiles dans ce programme de mentorat? Quels sont les aspects les plus appréciés?
Shanice : Les éducatrices et éducateurs apprécient vraiment d’avoir un espace d’apprentissage sécurisant, inclusif et adapté à la culture. Le programme est fondé sur leurs expériences, ce qui est essentiel si l’on veut créer des liens forts entre les personnes qui participent. Nous partageons des ressources tout au long du programme, et le contenu est adapté aux besoins et aux intérêts de tout le monde. Le format virtuel et la souplesse de la structure sont aussi très appréciés. Il donne l’occasion aux mentors et aux mentorés d’établir leurs propres objectifs et de choisir leurs heures de réunion, ce qui favorise l’accessibilité pour ceux qui souhaitent participer.
Avez-vous reçu d’autres commentaires?
Shanice : Plusieurs personnes nous ont dit que le programme leur avait donné envie d’envisager d’autres cheminements de carrière, y compris des fonctions de supervision. Une participante nous a expliqué que son mentor l’avait aidée à envoyer une demande de reprise d’études pour devenir consultante-ressources.
Meghan : Certains commentaires de la cohorte précédente portaient sur les améliorations à apporter au programme. Par exemple, des personnes souhaitaient plus d’uniformité entre les ateliers afin qu’il y ait une continuité dans l’apprentissage tout au long des six mois. Alors, Sabrin et Culture Check ont élaboré des horaires structurés : la personne qui animait l’atelier était toujours la même, ce qui permettait aux participants d’approfondir les conversations et de continuer à apprendre d’une séance à l’autre. Au vu de son succès, les Services à l’enfance de la Ville de Toronto continueront d’offrir ce programme de mentorat aux éducatrices et éducateurs noirs chaque année.
Pour les personnes qui n’ont pas accès à un programme de mentorat structuré, avez-vous des conseils sur la façon dont les EPEI peuvent soutenir leur propre démarche de mentorat?
Sabrin : J’encourage toujours les éducatrices et les éducateurs à rechercher une communauté partout où ils le peuvent. Même un collègue de confiance peut devenir un mentor. Rejoignez des espaces, des réseaux ou des groupes d’affinités en ligne pour éducatrices ou éducateurs noirs, et prenez le temps de réfléchir à ce que vous recherchez vraiment. Il peut s’agir de tenir un journal ou de nouer des liens avec des pairs. Fixez des objectifs et réexaminez-les régulièrement, car le mentorat, c’est aussi une question de responsabilisation. N’hésitez pas à contacter les gens dont le travail vous inspire. Ils sont sûrement plus disposés à nouer des liens que vous ne le pensez. Et lisez. Découvrez les expériences des éducatrices et éducateurs du monde entier, les défis qu’ils ont rencontrés et les moyens qu’ils ont mis en place pour les relever. Intégrez un groupe. Chaque programme de mentorat et chaque espace communautaire ont vu le jour parce que quelqu’un a décidé qu’il fallait les créer. Alors, pourquoi pas vous?
Si d’autres régions manifestent de l’intérêt pour un programme semblable, quelles directives ou recommandations leur donneriez-vous?
Sabrin : Je dirais que tout commence par les relations, tout le reste en découle. Faites en sorte que le programme soit explicitement anti-oppressif et n’ayez pas peur de parler de racisme anti-Noirs. Donnez la parole aux éducatrices et éducateurs noirs, car les gens veulent se voir représentés par la personne qui anime l’atelier. Ils ne veulent pas qu’on leur parle; ils veulent participer à la conversation. Et honnêtement, beaucoup de gens commencent à se lasser des sujets sur la DEI, car c’est souvent répétitif, alors assurez-vous que ce ne soit pas le cas. Demandez aux personnes participantes ce qu’elles attendent réellement de cet espace et adaptez le programme à leurs besoins. Établissez des partenariats avec des organismes communautaires de confiance et ayez une vision sur le long terme dès le départ. Et bien sûr, restez fidèles au message. Les éducatrices et éducateurs noirs méritent de vrais espaces communautaires : intentionnels, valorisants, authentiques, qui soient vivants, pertinents et ancrés dans la réalité.
Quels autres soutiens et ressources seraient utiles pour les EPEI noirs?
Shanice : Des ressources en santé mentale. L’intersectionnalité du fait d’être un(e) professionnel(le) noir(e) peut être très éprouvante pour la santé mentale, surtout dans un secteur où les taux d’épuisement sont élevés. C’est important que les éducatrices et éducateurs noirs aient accès aux ressources nécessaires pour soutenir leur bien-être mental et qu’ils soient outillés pour les utiliser.
Allez-vous continuer de proposer ce programme de façon virtuelle uniquement ou comptez-vous organiser des séances ou des réunions en personne?
Shanice : Nous avons pris en compte les commentaires des personnes participantes actuelles et passées et prévoyons de continuer les séances virtuelles pour plus d’accessibilité. Mais nous explorons également la possibilité d’organiser des rencontres en personne au début du programme, selon la disponibilité et les préférences de tout le monde.
Y a‑t‑il un autre point que vous aimeriez partager avec l’Ordre, les EPEI ou les employeurs sur l’importance du mentorat ou des programmes comme le vôtre?
Sabrin : Un mentorat qui repose sur l’équité, ça change tout. Il améliore la rétention, renforce la qualité du programme et forme des leaders. Les employeurs et l’Ordre doivent comprendre que le mentorat n’est pas un « bonus », mais une nécessité. Et le mentorat adapté à la culture est particulièrement important pour les éducatrices et éducateurs noirs qui font face à des obstacles souvent invisibles pour les autres. Investir dans les EPEI noirs, c’est renforcer toute la profession.
Mais je veux aussi être honnête : les ateliers et les programmes ont leurs limites. Nous soutenons des professionnels de la petite enfance au sein d’un système qui a souvent tendance à ne pas valoriser les enfants ou les personnes qui s’en occupent. Beaucoup d’entre nous sont épuisés par la charge de travail et le manque de reconnaissance, mais nous donnons toujours le meilleur de nous-mêmes aux enfants, aux familles et aux communautés que nous servons. Parfois, ce que nous nous offrons mutuellement dans ces espaces est simplement une question de survie.
C’est pour ça que le mentorat est si important. Il crée une communauté. Il nous offre un espace pour respirer. Il nous aide à reconnaître et accepter nos émotions. Nous apprenons à être plus doux et indulgents avec nous-mêmes et à nous rappeler que nous faisons de notre mieux. Et même ça peut changer notre vie.
Pour en savoir plus sur les expériences des personnes qui participent au programme de mentorat, cliquez ici.
Ressources pour les professionnelles et professionnels des services à la petite enfance de Toronto qui s’intéressent au mentorat :
- Liste d’envoi des opportunités d’apprentissage professionnel : Abonnez-vous et restez à l’affut des possibilités de mentorat et d’apprentissage professionnel offertes par les Services à l’enfance de Toronto.
- Formation à l’échelle de la ville : inscrivez-vous aux futurs programmes de mentorat et aux autres possibilités d’apprentissage professionnel offertes par les Services à l’enfance de Toronto (en anglais seulement).
Biographies
Meghan Ardies est une éducatrice de la petite enfance inscrite possédant 14 ans d’expérience dans le secteur de l’apprentissage et de la garde des jeunes enfants. Elle a occupé des fonctions d’éducatrice, de superviseure au sein de services de garde agréés ainsi que d’analyste bilingue de l’assurance qualité auprès des Services à l’enfance de Toronto, à l’appui du secteur francophone.
Elle poursuit son parcours au sein des Services à l’enfance de Toronto en tant que coordonnatrice de la formation et du perfectionnement, où elle conçoit et anime des formations professionnelles, pilote des initiatives de formation à l’échelle du secteur et soutient les professionnels de l’éducation préscolaire dans leur apprentissage continu. Passionnée par le travail auprès des équipes éducatives, elle s’engage à créer des environnements inclusifs de haute qualité, où les enfants et les familles – quelles que soient leurs origines ou leurs expériences – se sentent accueillis et respectés, et où ils éprouvent un fort sentiment d’appartenance.
Sabrin Saraj est éducatrice de la petite enfance inscrite et enseignante agréée de l’Ontario. Elle compte plus de dix ans d’expérience auprès d’enfants de divers horizons, y compris les poupons, les bambins, les enfants d’âge préscolaire, de la maternelle ou d’âge scolaire. Sa pratique s’appuie sur son vécu en tant que femme noire, musulmane et immigrante au Canada, une expérience qui façonne son approche relationnelle, éducative et communautaire.
Sabrin a travaillé dans divers secteurs de l’éducation, notamment au sein de conseils scolaires, de programmes pour la petite enfance, de centres ON y va, du ministère de l’Éducation et d’autres groupes professionnels. Ancienne membre du conseil d’administration de Parents for Diversity, et occupe actuellement le poste de conseillère et animatrice chez Culture Check inc. où elle accompagne les organismes dans une réflexion critique visant à renforcer leurs espaces éducatifs de manière réfléchie, réactive et ancrée dans la pratique.
Shanice Denton est éducatrice de la petite enfance inscrite (EPEI). Elle compte plus de dix ans d’expérience dans des programmes agréés d’apprentissage et de garde de jeunes enfants. Elle possède une expertise approfondie en matière de soutien aux enfants, aux familles et au personnel éducatif – une expérience qui continue d’éclairer son travail à l’échelle systémique.
Titulaire d’un baccalauréat en sociologie et études urbaines, Shanice occupe actuellement le poste de coordonnatrice de la formation et du perfectionnement au sein des Services à l’enfance de la Ville de Toronto. Son mandat consiste à renforcer les capacités du secteur et à favoriser le perfectionnement professionnel. Forte d’une compréhension nuancée des systèmes sociaux et de leur influence sur les expériences vécues dans les milieux d’apprentissage et de garde torontois, elle se passionne pour le bien-être du personnel éducatif et la promotion de pratiques équitables afin d’améliorer les résultats pour les enfants et les familles de divers horizons.