Le Mois de l’histoire des Noirs est l’occasion de célébrer et de reconnaître la résilience des communautés noires, tout en reconnaissant les luttes continues pour l’équité.
Pour les éducatrices et les éducateurs noirs, les défis quotidiens du travail auprès des jeunes enfants et des familles dépassent souvent le cadre strict de leurs fonctions. Surmonter des obstacles et des fardeaux supplémentaires tout en prenant soin d’enfants peut souvent créer un sentiment d’isolement. Le mentorat leur permet de se faire entendre et de se sentir valorisés, tout en leur offrant des possibilités de leadership et un sentiment d’appartenance à une communauté.
Le programme de mentorat pour éducatrices et éducateurs noirs des Services à l’enfance de la Ville de Toronto offre du mentorat spécialement adapté aux besoins des professionnelles et professionnels noirs de l’éducation de la petite enfance. Offert sur une plateforme virtuelle pour une durée de six mois, le programme facilite les liens entre les mentors et les mentorés dans la région de Toronto, qui se rencontrent au moins deux fois par mois.
Les séances portent sur des sujets tels que :
- le leadership transformationnel et l’héritage;
- le pouvoir, les politiques et le travail émotionnel dans le domaine de la petite enfance;
- le repos, la résistance et le rétablissement du bien-être;
- la communication qui met au défi et qui crée des liens;
- la joie de la communauté noire comme pratique pédagogique;
- des partenariats familiaux et des milieux ancrés dans la culture.
Avant la mise à l’essai du programme en 2023, les Services à l’enfance de la Ville de Toronto ont sondé la main-d’œuvre du secteur de l’apprentissage et de la garde des jeunes enfants dans la région du Grand Toronto pour comprendre le contexte. Les éducatrices et éducateurs ont indiqué qu’il y avait peu de possibilités d’avancement dans le secteur. Les données ont également révélé qu’ils quittaient le secteur et que beaucoup de professionnels racialisés étaient victimes de discrimination et de racisme dans leur milieu de travail.
Le programme, piloté par Shanice Denton EPEI, coordonnatrice, Formation et perfectionnement, Services à l’enfance de la Ville de Toronto, a depuis été offert à trois cohortes et a été élargi pour inclure les coresponsables Sabrin Saraj EPEI, EAO, conseillère en éducation, conceptrice de curriculum et animatrice à Culture Check, et Meghan Ardies EPEI, coordonnatrice, Formation et perfectionnement, Services à l’enfance de la Ville de Toronto. Nous nous sommes entretenus avec Shanice, Sabrin et Meghan pour discuter du programme et de l’importance du mentorat pour les éducatrices et éducateurs noirs dans ce premier article d’une série en deux parties.
Des extraits de cette conversation sont inclus ci-dessous, et d’autres suivront dans un prochain numéro de Connexions.
Pourquoi les éducatrices et éducateurs à la petite enfance ont- ils besoin de mentorat, et en particulier les éducatrices et éducateurs noirs?
Sabrin : Tout le monde sait que le travail d’éducatrice et d’éducateur de la petite enfance est très important. C’est relationnel, c’est émotionnel, et ça peut être incroyablement isolant. Nous consacrons tellement d’efforts pour prendre soin des enfants, soutenir les familles et bâtir une communauté, mais nous recevons rarement le même genre de soutien. Pour les professionnels noirs, cette dynamique est plus complexe. Nous ne faisons pas que relever les défis quotidiens liés à nos fonctions; nous devons aussi composer avec les préjugés raciaux, les microagressions et les obstacles systémiques souvent passés sous silence. Nombre d’entre nous sont les seules personnes noires dans leur centre, supportant seuls ce fardeau invisible.
Un programme de mentorat pour les EPEI noirs est une bouffée d’air frais. C’est un espace où vous n’avez pas à changer de code, à vous expliquer de manière excessive ou à justifier l’importance des pratiques adaptées à la culture. Vous pouvez juste être vous-même. On vous voit, on vous apprécie et vous êtes dans une salle avec des gens qui comprennent votre réalité. Le programme donne également aux nouvelles éducatrices et aux nouveaux éducateurs la possibilité d’apprendre auprès d’EPEI noirs expérimentés et d’autres professionnels du secteur qui ont déjà vécu ça.
C’est rassurant de savoir que votre expérience n’est pas seulement la vôtre. Quelqu’un d’autre peut valider votre histoire, vous guider et vous aider à avancer dans ce secteur avec confiance et clarté. C’est cette base de sécurité et de compréhension qui favorise une réelle croissance.
Comment définiriez-vous le mentorat?
Shanice : Pour moi, le mentorat est une pratique continue. Il s’agit de marcher aux côtés d’autres personnes et de partager ce que vous avez appris de votre parcours d’une manière qui inspire et soutient le leur. Ce n’est pas vraiment de donner des directives, mais plutôt d’offrir des conseils et des encouragements, de collaborer et de favoriser l’apprentissage mutuel. Le mentorat est essentiel au renforcement et à l’expansion des capacités dans tous les secteurs, et c’est une responsabilité que les professionnelles et professionnels de l’éducation de la petite enfance devraient assumer pour que notre profession continue d’aller de l’avant.
Quels sont les défis que doivent relever les EPEI noirs pour accéder au mentorat?
Shanice : Compte tenu de la crise de dotation que connaît actuellement le secteur, il n’y a pas suffisamment de possibilités de mentorat spontané ni de programmes pour appuyer le mentorat officiel – en particulier le mentorat adapté à la culture. Bien que la représentation se soit considérablement améliorée au cours des dernières années, nous ne voyons toujours pas suffisamment d’éducatrices et d’éducateurs noirs à des postes de direction. Ces personnes sont de façon disproportionnée responsables de la promotion des possibilités pour les éducatrices et éducateurs noirs souhaitant acquérir les compétences nécessaires à leur avancement professionnel.
Pouvez-vous décrire qui s’inscrit au programme? Quels sont leurs espoirs ou leurs objectifs, et quels ont été les résultats de leur participation au programme?
Sabrin : Nous voyons un large éventail de professionnelles et professionnels noirs de la petite enfance s’inscrire au programme. En plus des EPEI, nous accueillons du personnel des services de garde, des visiteuses et visiteurs et des fournisseurs de services de garde en milieu familial, des superviseuses et superviseurs, des équipes de soutien à la petite enfance, des conseillères et conseillers en ressources, du personnel du programme On y va, et de nombreuses autres personnes qui travaillent auprès des jeunes enfants et des familles. Nous avons des personnes noires dont les ancêtres sont ici depuis des générations, des nouveaux arrivants, des personnes originaires des Caraïbes et de tout le continent africain. Même avec nos antécédents différents, nous remarquons les mêmes tendances dans ce secteur, ce qui montre que ces défis ne sont pas individuels, mais systémiques.
Les participants au programme espèrent se sentir moins isolés, établir des liens avec des mentors qui comprennent leur vécu, renforcer leur leadership et leur identité en tant qu’éducatrices et éducateurs noirs. Beaucoup veulent de l’aide pour relever les défis du milieu de travail et promouvoir l’équité.
Les résultats obtenus jusqu’à présent sont excellents. Les gens sont de plus en plus confiants lorsqu’il s’agit de dénoncer les inégalités, d’établir des relations plus solides, de comprendre leurs styles de communication et d’établir des limites plus saines. Plus important encore, ces personnes partent avec un sentiment d’appartenance plus profond et l’assurance qu’elles ne sont pas seules et que leur voix compte.
Comment les mentors sont-ils sélectionnés?
Meghan : Les mentors sont choisis au moyen d’un processus d’autosélection. Le programme fait l’objet d’une promotion dans l’ensemble du secteur de la petite enfance, et les personnes intéressées sont invitées à s’inscrire. On recommande fortement aux mentors d’avoir au moins cinq ans d’expérience dans le domaine, idéalement dans un rôle de leadership. Ils doivent actuellement exercer à Toronto. Trente-six personnes mentorées et 40 mentors ont participé au programme depuis son lancement.
De quelles façons le mentorat appuie-t-il les éducatrices et éducateurs noirs sur les plans personnel et professionnel?
Meghan : Dans le cadre de ce programme, j’ai vu le mentorat créer un véritable sentiment d’appartenance à la communauté pour les professionnelles et professionnels noirs de la petite enfance. C’est un espace où on se sent vu non seulement pour son travail, mais pour qui on est. C’est une occasion très nécessaire de communiquer avec quelqu’un qui comprend les réalités auxquelles nous faisons face en tant qu’éducatrices et éducateurs noirs, parce que cette personne a vécu ces mêmes réalités. Ce genre de lien peut être vraiment encourageant et responsabilisant.
Ce lien favorise à la fois la croissance professionnelle et le bien-être personnel en mettant l’accent sur les points forts et en favorisant des conversations honnêtes, réfléchies et attentives. Au-delà du renforcement des compétences, il offre un accompagnement précieux pour évoluer dans le secteur de l’apprentissage et de la garde des jeunes enfants. Ainsi, le mentorat consolide le sentiment d’appartenance des éducatrices et éducateurs noirs au sein de la profession. C’est ce qui donne au programme toute sa pertinence.
Restez à l’affût de la deuxième partie de cette série de conversations dans un prochain numéro de Connexions, où Meghan, Shanice et Sabrin discuteront davantage de l’impact du programme et partageront les commentaires de personnes y participant.
Ressources supplémentaires des Services à l’enfance de la Ville de Toronto
- Qualité et pédagogie : Soutien de programmes pour EPE, EPEI et superviseuses et superviseurs, y compris des webinaires, des possibilités d’apprentissage, des lignes directrices sur l’évaluation pour l’amélioration de la qualité et des recherches. (en anglais seulement)
- Liste d’envoi des possibilités d’apprentissage professionnel (en français et en anglais) : Information sur les possibilités de mentorat et d’apprentissage professionnel offertes par les Services à l’enfance de la Ville de Toronto pour les professionnelles et professionnels de l’éducation de la petite enfance à Toronto.
- Formation à l’échelle de la ville : Inscription et renseignements sur les possibilités d’apprentissage professionnel à venir avec les Services à l’enfance de la Ville de Toronto. (en anglais seulement)
Biographies
Meghan Ardies est une éducatrice de la petite enfance inscrite possédant 14 ans d’expérience dans le secteur de l’apprentissage et de la garde des jeunes enfants. Elle a occupé des fonctions d’éducatrice, de superviseure au sein de services de garde agréés ainsi que d’analyste bilingue de l’assurance qualité auprès des Services à l’enfance de Toronto, à l’appui du secteur francophone. Elle poursuit son parcours au sein des Services à l’enfance de Toronto en tant que coordonnatrice de la formation et du perfectionnement, où elle conçoit et anime des formations professionnelles, pilote des initiatives de formation à l’échelle du secteur et soutient les professionnels de l’éducation préscolaire dans leur apprentissage continu. Passionnée par le travail auprès des équipes éducatives, elle s’engage à créer des environnements inclusifs de haute qualité, où les enfants et les familles – quelles que soient leurs origines ou leurs expériences – se sentent accueillis et respectés, et où ils éprouvent un fort sentiment d’appartenance.
Sabrin Saraj est éducatrice de la petite enfance inscrite et enseignante agréée de l’Ontario. Elle compte plus de dix ans d’expérience auprès d’enfants de divers horizons, y compris les poupons, les bambins, les enfants d’âge préscolaire, de la maternelle ou d’âge scolaire. Sa pratique s’appuie sur son vécu en tant que femme noire, musulmane et immigrante au Canada, une expérience qui façonne son approche relationnelle, éducative et communautaire.
Sabrin a travaillé dans divers secteurs de l’éducation, notamment au sein de conseils scolaires, de programmes pour la petite enfance, de centres ON y va, du ministère de l’Éducation et d’autres groupes professionnels. Ancienne membre du conseil d’administration de Parents for Diversity, et occupe actuellement le poste de conseillère et animatrice chez Culture Check inc. où elle accompagne les organismes dans une réflexion critique visant à renforcer leurs espaces éducatifs de manière réfléchie, réactive et ancrée dans la pratique.
Shanice Denton est éducatrice de la petite enfance inscrite (EPEI). Elle compte plus de dix ans d’expérience dans des programmes agréés d’apprentissage et de garde de jeunes enfants. Elle possède une expertise approfondie en matière de soutien aux enfants, aux familles et au personnel éducatif – une expérience qui continue d’éclairer son travail à l’échelle systémique.
Titulaire d’un baccalauréat en sociologie et études urbaines, Shanice occupe actuellement le poste de coordonnatrice de la formation et du perfectionnement au sein des Services à l’enfance de la Ville de Toronto. Son mandat consiste à renforcer les capacités du secteur et à favoriser le perfectionnement professionnel.
Forte d’une compréhension nuancée des systèmes sociaux et de leur influence sur les expériences vécues dans les milieux d’aprentissage et de garde torontois, elle se passionne pour le bien-être du personnel éducatif et la promotion de pratiques équitables afin d’améliorer les résultats pour les enfants et les familles de divers horizons.