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Un enfant tient un globe dans ses mains
Connexions Exercice professionnel

Norheen EPEI nous fait part de ses expériences et réflexions pour lutter contre le racisme – Partie 1

Cerner, confronter et empêcher le racisme est essentiel et complexe. En tant que profession, nous avons du travail à faire, et cet effort peut prendre de nombreuses formes, y compris au travers de :

  • l’apprentissage individuel;
  • l’établissement de relations et le partage d’expériences;
  • l’élaboration du curriculum;
  • la promotion du changement au sein du secteur.

Toutes ces activités peuvent faire partie intégrante du Plan d’apprentissage professionnel continu (APC) des éducatrices et des éducateurs de la petite enfance inscrits (EPEI).

Cet article sera publié en deux parties. Restez à l’affût! La deuxième partie sera disponible en juillet 2021.

Qui est Norheen?

Norheen Jaffrey EPEI est animatrice en perfectionnement professionnel pour les Services d’aide à l’apprentissage (petite enfance) au sein d’un conseil scolaire.

Elle évoque ici l’une de ces premières expériences du racisme et certaines des questions de réflexion qu’elle a utilisées en tant qu’adulte pour approfondir sa connaissance et sa compréhension du racisme et des préjugés.

Son premier face-à-face avec le racisme

J’ai grandi dans le West Yorkshire, en Angleterre, où je vivais dans un quartier majoritairement blanc. Si je me souviens bien, nous étions la seule famille musulmane pakistanaise de cette communauté dans les années 60.

J’avais environ dix ans au moment du jubilé d’argent de la Reine. Chaque quartier avait prévu des festivités pour célébrer l’événement. Nous avions reçu une carte postale d’invitation à un repas-partage, et je me souviens que ma famille discutait de la nourriture qu’elle pourrait apporter. Ma mère a insisté pour faire des samosas, même si cela prend beaucoup de temps.

Le matin de la fête de quartier, j’avais enfilé une tenue traditionnelle d’Asie du Sud, un Salwar Kameez, qui avait les couleurs de l’Union Jack. J’ai ajouté quelques bracelets rouges, bleus et argentés à ma tenue avant de descendre pour retrouver le reste de la famille. Ma mère et ma sœur aînée avaient cuisiné depuis l’aube et peaufinaient les chutneys.

Cet après-midi-là, nous avons porté nos collations jusqu’aux tables qui avaient été dressées dans la rue pour le repas-partage, auquel d’autres familles ajoutaient leurs contributions.

J’ai remarqué que certaines femmes chuchotaient entre elles à notre arrivée. Ma mère et ma sœur ont commencé à parler en ourdou – notre dialecte maternel – pour savoir où mettre la nourriture. Ma sœur a demandé à l’une des dames si elle pouvait déplacer certains des plateaux pour que ma mère puisse poser le lourd récipient qu’elle avait. Il y a eu un silence gênant, et je me souviens m’être sentie confuse.

Une des femmes leur a dit qu’il y avait assez de nourriture et qu’il n’en fallait pas plus. Ma sœur a commencé à protester et la femme a lâché une insulte raciale : « Les Pakis ne sont pas les bienvenus ». J’ai senti la peur me parcourir tout le corps lorsqu’elle a prononcé cette abréviation péjorative et dégradante de mon héritage pakistanais.

Les yeux de ma mère étaient remplis de larmes. Elle ne parlait pas bien l’anglais, mais pouvait dire par leur langage corporel que nous n’étions pas les bienvenus. Inutile de dire que nous sommes partis. Enfant, j’ai eu du mal à comprendre ce que nous avions fait de mal. Mon père a essayé de me l’expliquer, mais je pense que j’étais trop jeune. Et, bien que j’aie appris à pardonner, j’ai porté cette expérience en moi jusque dans ma vie d’adulte.

Conséquences à long terme

Réfléchissez à l’histoire de Norheen : En tant qu’EPEI, pensez à l’influence que vous avez sur les enfants qui vous sont confiés. Songez aussi à l’impact que vous avez sur votre lieu de travail – l’environnement, les familles, vos collègues et toute autre personne que vous rencontrez au travail.

« Je ne saurais trop insister sur l’importance de se sentir valorisé, d’avoir un sentiment d’appartenance et d’être inclus, déclare Norheen. Ce jour-là, j’avais le sentiment de ne pas être à ma place en raison de ma race, de ma culture et de ma foi religieuse. »

Norheen s’est désormais donné comme priorité d’en apprendre davantage sur l’antiracisme, y compris le racisme anti-Noirs, et sur l’anti-oppression. « Je me plonge dans ce que j’entends et ce que j’apprends avec empathie, compassion, vulnérabilité et sensibilité, dit-elle. Je suis consciente qu’en m’efforçant de faire la différence au cours de mon parcours d’apprentissage, je vais éprouver des difficultés et ressentir une gêne, mais j’ai confiance en mon approche constructive. »

Opérer le changement

Alors, comment Norheen fait-elle pour mettre en œuvre un processus d’enquête collaborative tout en coanimant des activités d’apprentissage professionnel pour d’autres éducatrices et éducateurs? « Je pose de nombreuses questions pertinentes et nécessaires », dit-elle.


Vous cherchez à savoir comment remédier aux préjugés ou créer des milieux d’apprentissage inclusifs? Consultez la Ligne directrice de pratiquesur la diversité et la culture.


Lorsque vous créez un milieu d’apprentissage et de travail inclusif, réfléchissez à certaines des questions de Norheen :

  • Comment puis-je aider mes collègues à réfléchir de manière critique à leur pédagogie, à leur pratique et à leurs croyances?
  • Comment puis-je aider mes collègues à changer leur pratique en profondeur?
  • Quelles stratégies pratiques dois-je mettre en place pour créer un milieu sûr et inclusif afin que tous les participants aient un sentiment d’appartenance?
  • En tant que communauté, comment établir des relations afin de comprendre et reconnaître les complexités de l’enseignement, de l’apprentissage et du désapprentissage dans un format collaboratif?
  • Comment pouvons-nous transformer l’environnement en un espace équitable et inclusif?

« En posant des questions critiques à mes collègues et en leur résistant quand je le peux – avec respect – nous cherchons ensemble à comprendre en quoi la lutte contre le racisme et l’oppression n’est pas un simple « supplément » à notre pédagogie de la petite enfance, explique Norheen. Pour le bien-être des enfants, des familles et des uns et des autres en tant que collègues, ce travail tant attendu est nécessaire et obligatoire. »


Vous avez manqué les deux premiers articles de la série? Retrouvez-les ici :

Le fait d’en apprendre davantage sur le racisme anti-Noirs est-il considéré comme une activité d’apprentissage professionnel? Absolument!L’antiracisme dans le cadre de votre apprentissage professionnel continu

Communiquez avec nous! Si vous êtes EPEI et que vous souhaitez nous faire part de votre expérience de travail en EPE ou de la manière dont vous abordez le racisme dans le cadre de votre APC, envoyez-nous un courriel à exercice@college-ece.ca.

Restez à l’affût! La deuxième partie sera disponible en juillet 2021.

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