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Un photo de Kerrissa
Exercice professionnel

Conversations au temps de la COVID-19 : Kerrisa Brewster, EPEI

Cette série relate les expériences d’EPEI pour s’adapter en temps de pandémie.

Nous avons discuté avec Kerissa Brewster qui, en tant qu’EPEI à la maternelle et au jardin d’enfants, soutient maintenant les enfants de sa classe et leurs familles en ligne.

Q : Dans quel secteur exercez-vous habituellement, Kerrisa?

A : Tout d’abord, je tiens à dire que je suis très heureuse d’avoir été invitée à participer à cette entrevue! Merci.

Je travaille habituellement dans une classe de maternelle dans l’ouest de Toronto. Notre classe est unique, car c’est une classe double comptant 58 enfants confiés à quatre éducateurs (deux EPEI et deux membres de l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario).

Je travaille également comme EPEI dans un centre de garde d’enfants agréé, dans le cadre du programme après l’école. Là, je suis en contact avec beaucoup d’enfants et de familles. Le personnel de la garderie et celui du conseil scolaire entretiennent d’excellentes relations professionnelles, qui se sont encore renforcées avec la pandémie. 

Q : Comment la COVID-19 a-t-elle influencé vos fonctions, vos relations professionnelles et votre milieu de travail?

A : Physiquement, tout a changé. Depuis la fermeture de l’école, je n’ai plus de contact physique avec mes collègues, les enfants et leurs familles. La proximité me manque beaucoup, car ce sont les relations que j’entretiens avec eux qui me permettent de m’épanouir.

Notre cadre de travail est passé de l’école à la maison, où je conserve mes fonctions professionnelles et en respecte les limites. Le ministère de l’Éducation de l’Ontario a fait part de ses conseils en matière de protection de la vie privée sur les plateformes virtuelles. On utilise tous nos comptes de courriel professionnels et Google Classroom, et on évite d’utiliser des plateformes comme Facebook et Instagram pour le travail.

Avec le temps, je continue à nous considérer comme une famille professionnelle au sein de laquelle on se soutient mutuellement, surtout maintenant.

Q : La pratique, en ce moment, consiste à se soutenir mutuellement et à protéger notre santé ainsi que celle de nos familles et de nos communautés. Comment vous sentez-vous?

A : Ça a été un défi, mais je m’en sors bien. Je trouve que je suis plus fatiguée que d’habitude, et je me demande si c’est dû au temps d’écran supplémentaire. Ça me manque d’être avec les enfants – interagir avec eux me donne de l’énergie. Je m’inquiète aussi pour mes amis et ma famille, et pour la santé des membres de ma communauté.

Q : Pendant cette période d’isolement et d’incertitude, que trouvez-vous utile pour favoriser votre santé physique, mentale et émotionnelle?

A : Je travaille généralement beaucoup, donc c’est agréable d’être plus près de chez moi en ce moment. Pour préserver ma santé, je reste en contact étroit avec mes proches et j’essaie de me reposer suffisamment.

Q : Les rapports humains sont au cœur de notre profession. Comment entretenir des relations collaboratives?

A : On continue de collaborer et de planifier au jour le jour des curriculums qui tiennent compte des besoins de chaque enfant et de sa famille. On partage des informations et des idées, et on se soutient mutuellement.

Aujourd’hui peut-être, plus que jamais, nous répondons aux courriels des familles et trouvons des moyens de répondre à leurs besoins individuels. Certaines familles sont considérées comme des travailleurs essentiels, nous comprenons donc que certaines de nos approches ne fonctionnent pas pour elles. C’est pourquoi on continue de communiquer afin de pouvoir soutenir ces parents de la meilleure façon possible pour les aider.

Comme je suis également une employée du centre de garde, notre partenaire communautaire, je suis, là aussi, en contact régulier avec les EPEI et leur superviseure. On commence à discuter de la manière dont on pourrait communiquer avec les familles pour leur faire savoir qu’on est là pour elles. On sait qu’elles sont en train de s’adapter à l’apprentissage à la maison, donc on ne leur met pas la pression pour communiquer avec nous. Mais on veut qu’elles sachent qu’on est là pour les soutenir.

Q : Quels sont les défis que vous avez rencontrés pour nouer des relations et favoriser la collaboration en ces temps d’éloignement physique?

A : Le plus grand défi pour moi a été le manque de cohérence dans nos interactions. Avant, je parlais quotidiennement avec mes pairs, les enfants et leurs parents en utilisant leur langage corporel pour évaluer et valider nos interactions. Aujourd’hui, je lis des textes et j’essaie de trouver le bon ton et les bons mots en fonction des interactions passées avec ces personnes. C’est parfois très difficile de s’y retrouver.

Je pense qu’en tant qu’éducatrices, on ressent beaucoup de choses – nous sommes des humains, et cette situation ne semble pas toujours humaine. Je suis cependant reconnaissante de pouvoir maintenir des liens avec chaque famille grâce à Google Classroom. Je sais que ces familles ont beaucoup à faire, alors c’est honnêtement un privilège.

Q : Nos pratiques actuelles sont nouvelles et évolutives. Qu’apprenez-vous pour favoriser la sécurité, la santé et le bien-être des autres dans votre milieu d’exercice?

A : Je travaille beaucoup sur les documents que je publie, et je me réjouis de voir la façon dont les familles réagissent.  Certaines sont encore en train de s’adapter et communiquent quand elles le peuvent. J’ai de l’empathie pour ça, car ma nouvelle normalité est différente chaque jour.

Notre équipe  envisage toutes les possibilités pour entrer en contact avec les enfants et leurs familles. Cependant, on s’est rendu compte qu’il fallait leur offrir un moyen équitable, mais motivant d’accéder à notre programme. On a donc décidé de préenregistrer nos interactions. Cela permet aux familles de travailler quand elles le peuvent. Elles peuvent ensuite revenir à nos vidéos en fonction de leur emploi du temps.

Q : Pouvez-vous partager quelque chose de positif sur votre expérience des nouveaux modes de communication ou des nouvelles pratiques?

A : Même si nous sommes loin les uns des autres, il y a plus d’humanité en ce moment. J’apprends des choses sur les enfants, les familles et mes collègues que je n’aurais peut-être jamais apprises si la pandémie n’avait pas interrompu la vie. 

Un parent nous a contactés, ma collègue enseignante et moi, pour nous faire savoir que son enfant était vraiment motivé par nos vidéos et instructions d’apprentissage. Elle nous a demandé de communiquer avec elle pour aider son enfant à rester motivé dans son apprentissage. Ça m’a fait réaliser à quel point les EPEI sont importants dans la vie des enfants et de leurs familles. Je me sens chanceuse de travailler dans cette communauté. 

Juste avant le début de la pandémie de COVID-19, on lisait en classe un livre intitulé Hair Love. Chaque enfant ramenait le livre à la maison, avec un album et des marqueurs, pour documenter sa routine capillaire. L’étude de ce livre signifie beaucoup pour moi en tant qu’éducatrice noire, pour permettre aux enfants et aux familles de célébrer les cheveux noirs, mais aussi de célébrer notre amour de tous les cheveux. Plutôt que de mettre fin à notre étude en raison de la situation, j’ai filmé une vidéo de moi lisant le livre et expliquant ensuite ma propre routine pour me coiffer et me peigner. C’était un moyen efficace de rétablir une certaine routine pour notre nouvelle classe en ligne.

Une dernière chose : cette nouvelle expérience est plutôt agréable, car je peux voir ma famille plus souvent, et on peut bien échanger sur notre travail et obtenir le point de vue de chacun. Ma famille voit vraiment la valeur du travail que je fais chaque jour et cela signifie beaucoup pour moi.

Q : Quelques mots pour conclure à l’intention des autres EPEI?

A : Nous sommes tous dans le même bateau. Même si cette situation est vraiment difficile, elle montre, aujourd’hui plus que jamais, l’importance de notre rôle dans la vie des enfants et de leurs familles.

Le soutien que nous offrons aux enfants et aux familles est tellement important, personne d’autre ne peut le reproduire. Chaque éducatrice ou chaque éducateur de la petite enfance apporte à son programme quelque chose d’indispensable. Je n’ai jamais été aussi fière d’être EPEI.

Hair Love vous intéresse? Le livre que la classe de Kerissa lisait a été adapté en un court métrage qui a remporté un Oscar et que vous pouvez regarder ici sur YouTube(en anglais seulement).

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